Mic et Sabrina. Petit journal N° 2
En bref…
Samedi 29/6 : Grand Beau, chaud (10°).
Difficultés d’organisation ! Tout est compliqué. On ne trouve rien ici pour le bateau. Il va falloir commander ce qu’il nous manque, en particulier les peintures. Sommes-nous vraiment au bout du monde ?…
Les good news : nous avons enfin le téléphone à l’appartement, cet appart’ super : living, vaste cuisine à l’américaine, 2 chambres et grand couloir envahi maintenant de tous nos équipements polaires. On sent le départ proche.
Téléphone de France si vous vouliez nous faire un petit coucou : 001 867 983 3561. (MOINS 8 heures).
Good news encore : nous avons reçu les 80kgs de fromages expédiés par Entremont + l'accastillage Plastimo et la corderie Lancelin.
Cela a été très rapide : 3 jours seulement depuis Annecy.
Une chose est certaine : nous ne mourrons pas de faim et allons nous régaler.
Le boulot : la préparation de la coque et du pont pour pouvoir les repeindre s'avère épuisante d’autant que nous n’avons pas l’eau courante. On nous a prêté une machine pour aujourd'hui et demain. C'est un compresseur qui pompe l’eau d’un gros bidon pour l’avoir sous pression puis la fait passer dans une sorte de chaudière pour qu’elle ne gèle pas.
Résultat : quand c’est trop chaud on se brûle les mains sur le pistolet ! Et lorsque le fameux bidon est vide, il faut appeler le camion citerne pour le remplir.
Il m’arrive de rêver d'une marina toute équipée ! Mais l’arctique doit se mériter, non ?
Donc, le grand cirque : lessivage au jet et au balai brosse, puis à la grattouille imbibée de produit corrosif qui a le bon goût de s'appeler "FANTASTIC", ensuite grattage à la palette, ponçage, et rinçage de temps en temps seulement pour économiser la précieuse eau. Encore une fois, nous ne attendions pas à avoir à faire tout ça. Croyez-moi : on s’active ! De plus, et vu qu’il n’y a plus de neige à terre, nous sommes envahies de poussière et nos cheveux deviennent des tignasses ingérables. Oubliées aussi les mains soignées de parisiennes. Fantastique ce que ce "Fantastic" peut agresser peau et ongles ! Il va falloir songer à trouver des gants.
Les gens de l'entreprise qui a gardienné le bateau (une société de construction) s'inquiètent : "vous allez être "dead tired" (mortellement fatiguées) lorsque vous allez appareiller" ! Sympa, mais comment faire autrement ? Nous faire aider à 80$/heure est impossible.
Comme il fait jour tout le temps, nous perdons la notion de l'heure et rentrons nous doucher et dîner assez tard. Levée tôt, j'en profite alors pour faire des tonnes de lessive. Les machines tournent sans arrêt et si nous tombions en panne d'eau, il faudra encore appeler le camion citerne qui pompe l’eau douce d’un lac situé à quelques kilomètres dans la toundra..
Dimanche. Aïe ! Le vent souffle, glacé. La rivière qui se jette dans la mer s'est reprise en partie. Le dégel n'est pas pour demain. Les deux ordinateurs ont des problèmes. L'un n'accepte plus l'enregistrement des photos numériques, l'autre présente un écran à l'allure de kilt écossais. Sabrina s'en occupe et répare le tout. Pour le second, elle le démonte entièrement en liaison téléphonique avec notre ami Gérard qui a le même appareil. Et au bout de quelques heures : ça marche. Ouf. Bravo.
Au bateau, je m'occupe du grand bazar qui règne à l'intérieur tandis que Sabrina continue de grattouiller le pont. A la fin de l'après-midi, Nuage a meilleure figure mais nous ne nous sommes pas méfiées de la température et pelons de froid. Comme toujours le blizzard fait chuter les degrés.
Est-ce toujours la canicule en France ?
Lundi : à nouveau grand beau, frisquet.
Boulot de Titan. Nous avons l’impression de ne pas avancer et aujourd’hui : pas d’eau. D’autres avaient besoin de la machine. Nous surnageons dans les débris de la peinture que nous décollons, et la poussière. De plus, nous travaillons à la gite car le bateau est penché. On s’amarine comme on peut ! Avec bonheur, nous commençons pourtant à retrouver nos marques sur Nuage et sommes maintenant impatientes de revivre à bord.
Mardi : Insolation en Arctique
Au soleil sans sombrero, oh oh oh , les nanas au boulot !
En T-shirt (erreur) et à quatre pattes sur le pont, nous nous attaquons aux plaques de peintures qui s’en vont. L’acier brûle (24°) ! Et nous n’avons pas d’eau pour nous rafraîchir.
J’ai trop chaud. On se croirait en plein Sahara avec cette même terre ocre autour de nous mais au bord d’un océan congelé.
"Maman, tu es mal organisée. Tu devrais faire à l’inverse des sternes arctiques, descendre en Antactique en hiver et remonter ici en hiver aussi" !
Catastrophe : les moustiques sont de sortie et commencent à frapper. Comment s’en protéger ?
Après huit heures de galère, on tape partout sur le pont : sur la peinture, les bestioles et nos cloques – symphonie en là, là encore là, majeur –, j’abandonne et rentre à la maison en m’arrêtant au "super marché" faire deux-trois courses pour boire, boire, boire, de l’eau, de l’eau, de l’eau. Je suis sale, boursoufflée, en nage, rouge de toutes les piqûres : ras le bol.
Sabrina, courageuse, continue le rude labeur.
A l’appart’, je continue lessives, listes, commandes tous azimuths.
Le soir arrive, et puis le jour de la nuit, et puis un lever tôt.
Mercredi
Surprise surprise : IL PLEUT.
Chouette ! La poussière va rester collée à la terre et la glace va fondre mais ce n’est pas très pratique pour travailler sur Nuage ! Enfin de l’eau. Nous qui en manquions hier, voilà qu’aujourd’hui, nous en avons trop !
Petit à petit, ça avance.
Mais à 14 heures, Sabrina rentre du bateau frigorifiée : "Il fait froid dans ce pays sous la pluie !". A quand le beau temps ?
En attendant, je passe une multitude de coups de fil pour trouver les peintures, la boubouffe du chat, des chaussons chauds ( !!!), l’anode d’arbre, et diverses autres babioles.
Une compagnie de peintures marines va tout commander à Vancouver et expédier les produits adequats, y compris l’anode d’arbre. Je n’ose penser au prix du transport…
Yvette Shmidt d’UNISABI, a l’extrême gentillesse de me dire au reçu de mon mail appel au secours : "ne vous inquiétez pas : nous allons nous occuper de la nourriture de Pungo". Quelle bonne nouvelle et comme c’est gentil. Je suis confuse de gratitude. Un souci de moins, et le bonheur du chat gourmand.
J’ai commandé chez SEARS (l’équivalent de nos 3 Suisses), des chaussons avec semelle épaisse car le plancher du bateau reste toujours très froid et deux oreillers car les nôtres sont un peu-beaucoup pourris.
Hier soir, nous avons commencé le tri des cartes et la liste de celles à acheter.
En fin de compte pour Québec, il y a précisément 2760 milles (pas beaucoup : moitié moins environ que l'année dernière) :
210 milles jusqu'à Gjoa Haven à slalomer dans les glaces dérivantes,
250 milles jusqu'à la sortie du fameux Bellot Strait de mauvaise réputation,
1100 milles pour le tour de l'île de Baffin jusqu'à l'entrée de la Baie d'Hudson
et de là, 1200 milles jusqu'à Québec.
Au vu des carte, le St Laurent jusqu'à Québec va sûrement nous poser problème avec les coups de vent d'automne dans le nez.
De plus, et réflexion faite, nous ne passerons pas par la Baie d'Hudson (juste 300 milles de moins) car Sabrina me faisait à juste titre remarquer que nous louperions les montagnes, les glaciers du grand Nord et les gros icebergs spectaculaires.
Jeudi enfin, le soleil est réapparu… Nous décidons de partir "à la mer"…
A quelques kilomètres du village, de l'autre côté de l'île, l'océan glacial arctique s'étend jusqu'à l'infini dans toute sa splendeur et se confond avec le ciel où s'effilochent de grands morceaux de nuages de vent. A terre, on se croirait toujours au Sahara. Des kerns ponctuent le chemin…

La toundra brune se parsème de petits lacs au bord desquels commencent à s'épanouir les fleurs de l'été.


Sur la grève, de la neige de printemps dans laquelle crissent nos bottes, s'est accumulée. comme aux sports d'hiver en fin de saison. Par endroit des fractures de glace strient l’océan.
Wouah ! Impressionnant.
Dans le silence fondamental, Sabrina chuchote : « Comme c’est grandiose… Mais ça fout la trouille… »

Après une autre journée de temps de chien et glacé, il semble qu'il fasse meilleur aujourd'hui. La rivière qui débouche dans la baie a poussé la glace avec le vent et toute son embouchure est libre. Les hydravions commence leur ronde. Des skidoos abandonnés sur la glace sont sur le point de basculer dans l’eau. Leurs propriétaires vont les récupérer en barque.
Au bord de la rive, la mer frissonne et se remet à chanter….
Le boulot progresse. Hier, impossible de travailler dehors (trop de blizzard). Nous avons sorti toute la vaisselle et batterie de cuisine pour les laver à l'appart' (à la main car pas de lave-vaisselle) car nous n'avons toujours pas d'eau au bateau. Pas évident de tout descendre sans rien casser par l'échelle et maintenant… Grand bazar dans la cuisine ! Nous avons aussi démonté toutes les pompes à pied pour changer les joints. On espère recevoir les peintures la semaine prochaine. Gag : en nettoyant les fonds (sous le plancher) nous avons retrouvé un paquet de gruyère Meule d’or : impeccable et délicieux après ses mois d’hivernage !
Vu le temps, joyeux dimanche à la maison : récurages en tout genre, nous y compris ! En fin de journée, et puisqu’on nous a prêté un vieux truck brinqueballant, nous décidons de sortir prendre un bol d’air et aller explorer l’autre côté de la baie. A quelques kilomètres du village, deux jeunes femmes Inuit cheminant sur la piste terreuse pour aller on ne sait où – vraisemblablement dans une cabane au bord d’une mare - nous font des grands signes : " Flat tire… Flat tire...".
Damned. Nous avons crevé et impossible de trouver un cric dans le camion !
Nous garons la voiture tant bien que mal (vieille habitude de parisiennes sans doute car la circulation dans la toundra est plutôt inexistante) et rentrons à pied. Que se serait-il passé si nous étions tombées en panne beaucoup plus loin ? Nous nous promettons à l’avenir d’emporter le téléphone portable, de l’eau et nos doudounes !
Lundi, le vent tourne et ramène de gros morceaux de glace explosés tout contre le dock où nous amarrerons Nuage. Pas très confortable, cette situation. Du haut du bateau, nous voyons très bien la banquise bouger.
Hardies petites, par chance, nous avons aujourd’hui la machine à eau et passons la journéeà lessiver. Lorsque nous étions arrivées en octobre dernier après plusieurs jours de navigation épique dans le grand froid, nous nous étions écroulées mortes de fatigue et frigorifiées en faisant l’erreur de mettre le poêle à fond sans laisser de capots entrouverts. Le pauvre engin a manqué d’air, a dû tousser et a expulsé la fumée engorgeant ses bronches dehors sans que l’on s’en apercoive. Résultat ? Une épaisse couche de suie graisseuse s’est collée partout que l’on n’a évidement pas pu nettoyer avant de partir vu la température extrêmement basse (-30°). D’accord, nous étions bien au chaud mais pont, voiles, winches et le reste n’ont pas apprécié du tout !
Petites misères de la vie quotidienne : nous nous levons moulues et courbatues mais, hauts les cœurs, ce matin, grand beau temps, mer bleue et blanche.
La glace scintille.
La terre ocre verdit. L’herbe repousse.
Fou ce que cela va vite…
Le soleil aussi change.
Il nous inonde maintenant dès minuit de couleurs roses - signe qu’il commence à descendre - alors que depuis notre arrivée sa lumière restait toujours très diaphane. Encore deux semaines de jour complet et puis nous pourrons de nouveau fêter son lever et son coucher…
(à suivre…)
Site web :
http://micdemai.free.fr (voir nouvelles photos)Email :
micnuage@hotmail.com