For fun, pour les amis…
Mic Sabrina petit journal
N°1
PARIS 2002. 18 Juin. L’appel…
Pour nous… Celui du grand Nord.
Quelle équipée ! Mais quel bonheur de se dire que dans moins de 4 heures nous serons dans l’avion. Cinq de nos meilleures amies - Anne, Caroline, Danielle, Anne-fée-Clochette et Soazig - ont débarqué à 7 heures du matin pour nous accompagner à Roissy, Sabrina, Pungo-le-chat et moi.
Appareillage délicat de l’appartement !
4 voitures en tout pour 250 kilos de bagages à descendre d’un deuxième étage sans ascenseur par un étroit escalier bien ciré mais pour le moins glissant et… sans hommes forts pour nous aider. Notre cher sponsor Meule d’Or, toujours plein de sollicitude, nous a bienheureusement proposé de nous expédier ses 8O kgs de fromage, la grand voile, nos nouvelles amarres Lancelin et l’accastillage Plastimo par colis séparés ! Les 4 malles, les 3 gros sacs marins Marine Pool et 5 autres diverses « menues » babioles sont lourds, nos bras gourds et nos yeux glauques après une nuit blanche sur le pied de guerre. L’esprit en tumulte, tout tourne dans nos têtes. N’avons-nous rien oublié ? Comble de confort, nos fronts s’embuent d’une moiteur exquise car la canicule sévit. En 48 heures, nous passerons de + 30 degrés à moins combien ??? Nous ne le savons pas encore.
La porte se referme. Une page se tourne.
Bison futé nous joue des tours… Embouteillages, bouchons, queue leu-leu. Serons-nous à l’heure ?
« Léger » envol
Super les nanas ! Lorsque nous finissons par arriver, elles ont tout déchargé et nos multiples caddies stationnent devant le comptoir d’Air Canada.
La compagnie, qui avait déjà été notre partenaire technique l’année dernière, nous offre une fois de plus la gratuité de notre excédent de bagages. Merci à elle.
Pungo, enfermé dans sa caisse, observe le remue ménage. Nous n’arrêtons pas de lui dire « eh ! Pungo. Ne t’inquiète pas. On va au bateau… » et il semble comprendre. Décidément, nous sommes complètement gâteuses devant Monsieur le chat !
Dernières minutes. Bisous. Tendresses. Emotion. Cœur en chamade. Dur de laisser les amies…
Nous sommes encore chargées comme des baudets.
Imaginez le tableau : Sabrina avec le gros sac photo sur le dos + l’ordinateur à la main et un sac de documents importants. Moi avec la caisse du chat et une valise à roulettes contenant d’autres objets précieux.
Police. Sécurité : nous devons sortir un Pungo grognon de sa caisse-abri pour la passer aux rayons X, déballer tous les appareils y compris caméras et ordinateur, les mettre en route, puis tout réinstaller correctement. Manipulations assez longues qui se reproduiront plusieurs fois à chaque escale au cours du voyage car il n’y a pas encore de vols directs pour l’Arctique.
Nous sommes en retard et n’avons même pas le temps d’acheter les derniers journaux français. Après un sprint dans des couloirs interminables, nous grimpons dans un bus qui nous amène au pied de la passerelle de l’avion pour Toronto, plein à craquer.
Après avoir eu si chaud, voilà que nous pelons de froid sous la climatisation. Nous ne réalisons pas encore que l’envol est proche.
Huit heures et demi et une transat plus tard : Toronto et le cirque des contrôles. Immigration, douanes, agriculture pour le chat, etc.
Nos bagages s’entassent dans un énorme chariot qu’un porteur (à 40$ !) a seul le droit de manipuler. Nous avons failli ne pas retrouver l’antenne de 2 mètres de long destinée au fax météo !
Soulagement : personne ne nous questionne ni ne s’étonne d’un tel fourbis alors que d’autres passagers sont sommés d’ouvrir leurs petites valises.
Nous réenregistrons le tout pour le vol intérieur Air Canada vers Edmonton et galopons pour ne pas rater la correspondance. Enfin… Hum ! Galoper ? Façon de parler. L’aéroport est immense mais heureusement muni de tapis roulants sur lesquels d’ailleurs je manque m’écrabouiller !
La tension et l’attention tombent. Nous ressentons le poids des sacs et de la fatigue. Et ce n’est pas fini.
Au passage de sécurité, on nous confisque le rouleau de scotch que nous avions gardé pour consolider la fermeture des malles au cas où… et la pince à ongle. Interdit, nous dit-on !
Une fois dans l’avion, nos numéros de places réservées ne conviennent pas. Nous sommes à côté d’une dame allergique aux chats qui commence à suffoquer ! L’hôtesse, gentiment, nous installe plus loin dans des sièges durs et plutôt inconfortables.
Edmonton. 20 heures, heure locale. 4 heures du matin, heure de Paris.
Re-belote pour récupérer et entasser les 250 kilos de matériel sur un gros chariot que cette fois-ci nous sommes autorisées à manipuler toutes seules. A pas de tortue, nous voici en route vers la consigne située deux étages plus bas où nous déchargeons. Puis une navette nous conduit à l’hôtel où nous pouvons enfin laisser sortir notre pauvre chat qui court aussitôt se cacher sous le lit puis, répondant à nos appels, finit par venir se faire câliner en ronronnant. Tout compte fait, il paraît en forme. Ouf. Dodo. Demain est un autre jour.
19 juin. La course aux courses.
Edmonton étant la dernière grande ville avant l’Arctique, nous en profitons pour faire un minimum de courses indispensables. Oui mais…
« Si on ne trouve pas de malle, on est mal !!!! » lance Sabrina.
Tout est au diable et nous déambulons dans la zone commerciale, exténuées. Finalement, nous dénichons une caisse en plastique dans laquelle nous entassons nos achats et nous offrons le luxe de prendre un taxi pour retourner à l’hôtel avec un bagage de plus !
Avant le dîner, je passe une multitude de coups de fil pour résoudre le problème de notre excédent pour la suite. Comme toujours, Air Canada qui gère aussi en partie la compagnie First Air, nous sort d’affaire.
20 juin. Dernière étape. Cap au Nord.
Lever aux aurores. Cernes sombres sous les yeux. Pas très en beauté les filles !
Beau temps chaud, mais dans nos sacs à dos : vêtements polaires en prévision de l’atterrissage à Cambridge Bay.
Après une courte escale à Yellowknife, ville mythique de la ruée vers l’or que nous n’avons pas le temps de visiter, nous ré-embarquons dans un petit avion d’à peine 70 places, au trois quart vide.
« Mettez-vous où vous voulez » nous dit l’hôtesse.
Nous volons dans les nuages… Impossible de voir si la mer est toujours prise.
Qu’allons-nous retrouver ? Comment va notre Nuage ?
Lorsque nous perdons de l’altitude, la toundra se dévoile, à nu, brune, pierreuse, sans neige. La mer elle, brille, superbe, dans des dégradés de bleu et de blanc,
figée et glacée jusqu’à l’horizon…

« Welcome back »… Les amis nous accueillent, chaleureux et joyeux.
Dans deux trucks (camions), ils nous emportent nous et nos quelques bagages à l’appartement que la Coopérative des Inuit a la gentillesse de nous prêter.
Emues et un peu étourdies, nous passons faire une caresse à Nuage qui se dresse au bord de la banquise tel que nous l’avions laissé. Brave bateau. Seule la peinture de sa coque a souffert des grands froids – l’hiver a été rude et très sec - et s’en va en lambeaux. Il va falloir repeindre.

A l’appartement, déchargement et entassement de tout partout. Pungo cherche ses marques dans son nouveau territoire.
Nous sommes au deuxième étage avec vue imprenable sur l’océan glacé.
Lagons bleus en Arctique…
La banquise, sous nos fenêtres, s’étend jusqu’à l’infini telle une immense plage immaculée parsemée de lagons bleus ou comme un ciel d’azur qui se serait posé par terre, parsemé de nuages blancs.
Un paysage dépouillé mais splendide, nimbé de lumière et parfaitement immobile dans un cocon de silence dont l’intensité palpable appelle à la sérénité.
Le grand jardin ZEN.
Au bord de la grève, le bruit d’un ressac nous semblerait maintenant complètement incongru !
Sur la mer, jouent de petits enfants Inuit. D’autres pêchent dans des trous creusés dans la glace. Cette glace dont l’épaisseur, particulièrement importante cette année - car il a peu neigé tant il a fait froid - dépasse les deux mètres.
Nous ne sommes certes pas prêtes de pouvoir remettre Nuage à l’eau tout de suite. Le dock qui l’accueillera et nous devrons nous amarrer est pris tout du long.

La sortie vers le large qui débâclera plus tard, nous dit-on, risque bien de ne pas nous laisser passer avant le début ou la mi-Août, au mieux.
Nous verrons bien…

21 Juin. L’été.
Jour J, le plus long de l’année avec le jour 24 heures sur 24. Très perturbant en fait ! Nous en perdons le sommeil et notre latin ! Pungo aussi ne sait plus comment faire avec ce soleil qui ne se couche plus et la nuit qui n’arrive jamais.
Le soir de notre arrivée, le 20 juin, au lit vers 22 heures (heure locale) sous un soleil resplendissant, je m’éveille vers 2 heures. Chouette ! Génial ! J’ai dormi plus de 14 heures.
Tandis que Sabrina dort encore, je me prépare pour aller faire quelques courses au supermarché car nous n’avons strictement rien à manger et je sors. Ville morte. Fantomatique. Léger blizzard. Ciel clair. Pâle soleil. Je n’ai pas pris de gants et j’ai déjà l’onglée. Personne dans les rues du petit village. Epiceries fermées. Tiens ! Tiens ! Bizarre. Mais aujourd’hui (le 21) est jour férié donc je ne m’étonne pas trop. Et je rentre à l’appartement. En passant, je frappe chez la voisine pour lui demander au moins un peu de pain : pas de réponse.
Sabrina se lève : « super, maman, tu te rends compte ? J’ai dormi 17 heures. »
Nous traînons, rangeons un peu, regardons la télé, mourrons de faim mais n’avons pas sommeil ! Vers minuit, nous fêtons notre premier soleil à cette heure indue et le photographions de la fenêtre, époustouflées par son incroyable luminosité. Et puis, nous commençons à entendre une certaine agitation : des voitures, des travaux, etc.
« C’est bizarre cette activité nocturne… Ils ne dorment jamais ici ? »
Deux heures plus tard, des copains lancent des cailloux sur nos fenêtres pour attirer notre attention et nous appellent d’en bas !
« Mickie, Sabrina, venez. Il y a des bœufs musqués dans la toundra. On vous emmène pour les photographier »
« Quoi ? Maintenant ? Oh ! non. Nous allons nous coucher…. »
Les amis repartent.
Nous nous regardons l’une l’autre….
« Ils sont fous ou quoi ? »
Et puis….
« Maman, es-tu sûre qu’il est bien 2 heures du matin ? »
Un doute germe….
« Chérie, je me suis levée à 2 heures »
« Oui. Mais quelles 2 heures ? »
« Je pensais 2 heures de l’après-midi sinon je n’aurais dormi que 4 heures. J’étais tellement fatiguée. Ce n’est pas possible. »
Comment connaître l’heure exacte ? Sur nos montres ou réveils –comme les vôtres en France - ne sont inscrits que les chiffres habituels, sans précision. Allez donc savoir s’il s’agit de 2 heures ou de 14 heures ? Comment faire ?
Finalement, nous réussissons à trouver un canal sur la télé où, ébahies, nous lisons en toute lettre : 21 Juin - 2 heures PM soit 14 heures !!!!
Nous explosons de rire. Nous nous sommes simplement trompées de 12 heures !
Rétrospectivement, nous pouffons encore plus en imaginant ma balade solitaire au super marché à 4 heures du matin dans une ville déserte – et pour cause ! En pensant aussi que j’ai osé frapper chez la voisine et que nous ayons fêté le soleil de minuit alors qu’il était midi !!!
Cela dit, le soleil de minuit est tout ce qu’il y a de plus réel car nous avons la chance de pouvoir le contempler chaque « nuit » bien haut dans le ciel.
Une chose pourtant nous manque…
Lorsque vous la verrez, ne manquez pas de lui faire un petit coucou de notre part.
Où est donc passée la lune ?…
(A suivre…)
Site internet : http://micdemai.free.fr