
Après 6 semaines de navigation
extrême à bord de leur voilier Nuage (côtre en acier de 42 pieds), Michèle Demai
et sa fille Sabrina Thiery sont sorties du labyrinthe des glaces de l'arctique
canadien le 2 octobre dernier réalisant ainsi avec succès leur traversée du
passage légendaire dont la voie a été ouverte par Amundsen en 1923. Depuis,
seuls 14 voiliers ont réussi ce parcours. Nuage est le 15ème et le
premier en équipage strictement féminin.
Du
détroit de Béring au détroit de Davis : Michèle et Sabrina auront parcouru plus
de 3500 milles nautiques (environ 7000 km) dans les hautes latitudes au-dessus
du cercle polaire, de l'océan Pacifique à l'océan Atlantique par l'océan glacial
Arctique, en deux saisons.
Une descente
tumultueuse
Enfin sorties en eau libre, Michèle
et Sabrina poursuivent leur
descente vers le sud le long de l'île de Baffin et la mer du Labrador espérant
rallier le Québec au plus vite. Mais les dépressions automnales de l’Atlantique
remontent vers l’Arctique, amenant avec elles de forts vents contraires (plus de
50 nœuds), ralentissant l’avancée de Nuage.
Le 27 octobre, Michèle
écrivait : « Nous avons une énorme avarie :
2 pattes de fixation du moteur (en acier très épais pourtant) ont cassé net.
Donc plus de moteur et un coup de vent est annoncé pour demain. Position :
56°04N - 58°12W. Dès que nous le pourrons, nous allons essayer d'entrer à
Hopedale pour réparer : lever le moteur, enlever les pattes, les faire
ressouder, replacer le tout, réaligner et repartir. Je comprends maintenant
pourquoi tous les bateaux qui font le passage du nord ouest ont besoin d'aller
en chantier pour une révision complète après cette exigeante forme de
navigation ! »
Après une
tempête de trois jours où les vents ont atteint 55-60 nœuds, l’équipage féminin
sort de la baie où il s’était abrité « en tirant une multitude de bords
très courts pour nous sortir des cailloux, en jouant avec les courants de marée
et en passant au sondeur dans des endroits pas cartographiés.
Nous
sommes arrivées à Hopedale de nuit
(évidemment) sous des grains de neige.
Décidément,
depuis deux mois, que de choses à raconter. Les poussées d'adrénaline vont bon
train !
Nous
travaillons sur le moteur avec deux mécaniciens sympas et espérons pouvoir
repartir peut-être demain si le nouveau coup de vent annoncé pour aujourd'hui
passe vite. Hopedale : village charmant, sans route, très "bout du monde" (600
personnes) posé sur des rochers, entouré de 4 sapins rabougris – nos premiers
arbres depuis les îles Aléoutiennes. Nous créons un peu l'évènement et tous nous
demandent d'où nous venons, persuadés que nous arrivons d'en bas
!!!
Dans trois semaines tout sera gelé.
Objectif
immédiat : gagner du Sud. Nous nous donnons encore quinze jours avant de trouver
un endroit où sortir le bateau de l'eau pour
l'hiver. »
- Position actuelle : 55°27 N 60°13 W.
Le duo mère-fille (avec la
mascotte du bord le chat Pungo) souhaite rejoindre très vite la région de Québec
et espère qu’Eole les accompagnera dans cette dernière ligne
droite…
Retour en
arrière
Le 2
juillet 2001,
Michèle Demai, ancienne présentatrice d’Antenne 2 puis journaliste et écrivain,
accompagnée de sa fille, Sabrina Thiery, docteur en astrophysique, appareille de
Victoria (jolie ville de Colombie Britannique sur la côte Ouest du Canada) pour
rejoindre Cambridge Bay (petit village Inuit du Nunavut en Arctique canadien) le
1er octobre 2001. Pour cette première étape, elles ont ainsi parcouru
plus de 5.000 milles, soit 10.000 Km environ, dont plus de 2.000 milles
au-dessus des 60èmes et du cercle polaire.
Le 25
août 2002, le
duo féminin quitte Cambridge Bay pour la sortie du passage du nord ouest. Un
départ retardé par un pack glaciaire très dense qui bloque encore le passage.
Les conditions météo rencontrées par l’équipage de Meule d’Or sont
exceptionnelles pour la saison, avec une débâcle incomplète beaucoup plus
tardive que les années précédentes et la formation précoce de glace nouvelle
sans parler de la nuit polaire de plus en plus longue, des températures
extrêmement basses pour l'été et la neige attendue. « Tout est gelé sur
le bateau, l’enrouleur de génois, l’anémomètre, les antennes. »
Michèle et Sabrina sont régulièrement informées par Peter Semotiuk, ingénieur en
communications qui a fait le passage du nord ouest sur Belvédère en 1989, et
grâce au téléphone satellite, réussissent à se connecter sur Internet pour
suivre de près l’évolution des glaces. « Bellot Strait, qui était bloqué
la semaine dernière, s’est libéré une journée, et aujourd’hui il semble se
refermer. C’est incroyable ! »
Le 10 septembre
2002 :
« Bellot Strait - la porte vers l'Atlantique - est passé. Nuage dévale à
12 nœuds dans le détroit et impossible de le freiner à cause du courant. Sommes
à Fort Ross en attendant que Prince Regent Inlet se débloque. En très bonne
compagnie, car nous avons eu la surprise d'y retrouver le célèbre voilier russe
Apostol Andrey qui après avoir réussi le passage du Nord Est en 1998-99 et être
descendu en Antarctique, tente comme nous aujourd'hui de sortir du nord
ouest. » Ainsi,
après plus de 4 nuits sans dormir à se frayer un chemin, c’est un équipage
fatigué qui franchissait Bellot Strait pour rejoindre la baie de Fort Ross, déjà
très encombrée, et étudier la situation avant de tenter de continuer vers la
sortie du passage du nord ouest ou faire demi tour.
Mercredi
18 septembre, Peter
Semotiuk nous faisait parvenir un message de Nuage. Michèle et Sabrina
expliquaient qu’elles se trouvaient par 74°20 N et 82°42 W, soit dans Lancaster
Sound, bataillant toujours dans les glaces : « Depuis Bellot
Strait, il y a de la glace partout, des immenses plaques en fouillis se
chevauchant les unes les autres, un brouillard opaque et 30 nœuds de vent
contraire… Il fait horriblement froid, nous ne dormons plus et avons à peine le
temps de grignoter du fromage et du pain tant les heures de barre et la veille
continuelle à la glace sont astreignantes », confie Michèle Demai.
« Après Fort Ross, nous avons heureusement pu profiter d'un passage
ouvert par le brise-glace des coastguards –anges gardiens de l'arctique- qui
croisait dans les environs pour progresser dans un pack glaciaire très dense et
gagner du nord. C’est complètement surréaliste de naviguer à de telles
latitudes ! C’est très dur, mais quelle expérience ! L’eau libre n'est plus
très loin mais nous ne pourrons pas passer par Navy Board Inlet, complètement
bloqué, pour rejoindre le village de Pond Inlet où nous devons refueler. Il va
falloir faire le grand tour par la mer de Baffin. L'Apostol Andrey est parti
vers le Groenland et St Petersbourg. »
Le 24 septembre
2002, Michèle
écrivait : « Nous sommes arrivées à Pond Inlet Samedi : coups
de vent sur coups de vent, troisième jour coincées dans le bateau comme dans un
shaker, impossible de descendre à terre (trop de vent, trop de mer) pour remplir
nos jerricans de fuel et d'eau. L'hiver avance à grand pas. Dans une semaine
tout sera gelé. Il faut que nous repartions très vite car notre objectif
prioritaire est de terminer le passage. Juste à deux, ce n’est pas facile car nous devons être
obligatoirement ensemble sur le pont, l'une à la barre, l'autre à la veille des
glaces et maintenant des icebergs gigantesques, y compris de nuit ou dans le
brouillard. Tension et attention constantes. Nous avons l'impression d'aller au
bout de nous-mêmes. Et ce n'est pas
fini. Nous
sommes fin septembre, vous devez connaître les tempêtes d'équinoxe en France et
ici, dans les 70e, nous nous attendons à une mer difficile.
Mais si elle reste maniable, nous comptons gagner du sud le plus vite
possible et si elle ne l'est pas, nous nous abriterons peut-être quelque part.
C'est"Mère-Nature" qui décide. » Nuage
se situe à 120 milles de la sortie du passage du nord ouest (détroit de Davis)
et à 360 milles du cercle polaire arctique.
Le 2 octobre 2002, l’équipage mère-fille de Meule
d’Or atteint le Détroit de Davis, marquant la sortie du passage du nord
ouest et devient le premier équipage féminin à réaliser la traversée de ce
passage mythique.
A
propos du Groupe Entremont
Présent
depuis plus de 50 ans sur le marché des fromages, le Groupe Entremont en est
aujourd’hui l’un des acteurs majeurs. Implanté fortement en Europe à travers ses
filiales commerciales et ses sites de production, il distribue ses produits dans
le monde entier. Rappelons que le Groupe Entremont a généré un chiffre
d’affaires de plus d’un milliard d’euros en 2001 et vend 440 000 tonnes de
produits, dont 160 000 tonnes de fromage. C’est tout naturellement la marque
Meule d’Or que Jean Cauchefert, Directeur Général Commercial d’Entremont, a
choisie d’associer à cet exploit.
Avec
le soutien de Meule d’Or et
de
partenaires techniques : Adlair
Aviation, Air Canada, Central Color, La Coopérative des Inuit à Cambridge Bay,
First Air, Fujifilm, Grabber, Kitnuna Construction Ltd,Lancelin, Loca Image,
Marine Pool, Nikon France, Plastimo, Radio France Internationale,
Whiskas.